Bonnet-Abelin Gallery

Genève — Lyon

La femme
qui pleure

« La vie, c’est un grand bordel. »


JonOne

17 septembre — 10 octobre 2026

Exposition personnelle

36 avenue Foch, Lyon 6e

Préface

La femme qui pleure


C’est à l’atelier, en préparant l’exposition de septembre, que j’ai découvert ces dix toiles. Nous avions déjà fait deux expositions à Lyon — Crossing the Line en 2024, Abstraction from the Street en 2025 — et il s’agissait cette fois de sortir de ce que nous avions déjà fait ensemble. Jon a montré dix toiles. Il y avait des visages. Il faut mesurer ce que cela représente chez un homme qui peint depuis quarante ans. Le train, le mur, la toile, et jamais une figure. L’abstraction n’était pas chez lui un choix théorique, c’était un régime de vitesse, celui d’un gamin de la 156e rue qui écrivait son nom sur des wagons en mouvement. On ne demande pas à cette peinture-là de s’arrêter devant quelqu’un. Elle traverse. Et là, dix têtes…

Cette série n’était pas commandée. Elle n’était pas annoncée. Je ne suis pas reparti avec un thème d’exposition, je suis reparti avec elle, et je sais ce que reçoit un galeriste à qui l’on confie un travail pareil. On ne montre pas ces toiles comme on montre les précédentes.

Alors commencez par la première, et ne cherchez pas le sujet. Approchez-vous plutôt. Assez près pour que la lumière glisse sur la surface au lieu de la traverser. Vous verrez alors une chose que la reproduction ne montre jamais : des gouttes de peinture blanche, épaisses, posées en relief sur le visage. Une trentaine. Elles ne sont pas peintes, elles sont déposées, elles ont une épaisseur, elles accrochent la lumière, elles projettent chacune une petite ombre sur la toile. Reculez, elles disparaissent presque. Approchez, elles reviennent. Vous les retrouverez dans les neuf autres tableaux.

Toutes. Sans exception. Dans le conte de fées comme dans la dispute, dans la toile la plus séduisante comme dans la plus violente. Elles changent seulement de couleur selon l’endroit où elles se trouvent : blanches sur le visage, à l’instant où elles se forment ; grises et alourdies quand elles ont coulé plus bas et se sont déposées sur l’épaule ; rouges, une fois, dans le seul tableau où l’on se dispute. Personne ne vous dira ce qu’elles sont. Il faudra attendre la neuvième toile, celle qui donne son titre à l’exposition, pour l’apprendre — et l’apprendre trop tard, rétroactivement, comme on comprend une phrase entendue trois jours plus tôt. C’est le sujet réel de ce livre. Pas une séparation, pas un règlement de comptes, pas la chronique d’une histoire qui finit mal. Le délai. L’écart entre ce qui était visible et le moment où quelqu’un l’a vu.

En 1937, Picasso a peint une femme qui pleure. Il l’a peinte plus de soixante fois en quelques mois, comme on revient sur une phrase qu’on n’arrive pas à dire. C’est de ce tableau que Jon est parti, et il explique le passage à la figure d’une manière qui vaut mieux que tous les commentaires : « il est figuratif, mais quand je le vois, il est presque à la limite de l’abstraction ». Il n’a pas changé de camp. Il a trouvé le point exact où les deux se touchent, et il s’y est tenu.

Regardez n’importe laquelle de ces têtes : le contour est lisible, on reconnaît un crâne, un cou, des épaules. L’intérieur est resté ce qu’il a toujours peint — un enchevêtrement où rien ne se raccorde. C’est aussi, accessoirement, une définition assez juste de ce que l’on voit d’une personne.

Il est pourtant un endroit où il s’écarte franchement de Picasso, et c’est celui des larmes. Picasso les dessine : un trait, une convention empruntée au dessin d’enfant, un signe que l’on lit. Jon les dépose. Un homme qui a passé quarante ans à poser de la couleur sur des surfaces ne dispose pas du vocabulaire du chagrin ; il dispose d’un geste. Lorsqu’il lui a fallu peindre des larmes, il ne les a pas représentées : il les a faites. Le graffiti a toujours été un art du dépôt, de la trace laissée sur ce qui existait avant. Il sert ici à quelque chose qu’on ne lui avait jamais demandé.

Sur ce que ces toiles racontent, je préfère laisser Jon parler :

« Quand tu es en relation avec quelqu’un, un jour ou l’autre, elle va pleurer devant toi. Et quand ça arrive, tu es en relation non seulement avec elle, mais avec tous les traumatismes qu’elle a dans sa vie, sa famille, tout ça… »

Il y a là quelque chose de plus vertigineux que la découverte de la douleur de l’autre : la découverte que cette douleur ne vous concerne pas. Qu’elle a commencé avant vous. Qu’il y a, dans les larmes que l’on a devant les yeux, une part dont on est responsable et une part immense, ancienne, sur laquelle on ne peut rien.

Je dois cette exposition à un artiste qui, un jour où l’on venait lui parler de thème et d’accrochage, a préféré ouvrir autre chose. Alors ne cherchez pas l’histoire. Elle vous trouvera : les titres sont explicites, presque brutaux, et ils suffisent à faire le récit. Faites plutôt ceci. Traversez les salles. Regardez les visages, les chevelures, les mains, les couleurs qui foncent et qui s’éclaircissent. Et lorsque vous serez arrivé au bout, lorsque vous aurez vu la dernière toile et appris comment tout cela s’appelle, revenez sur vos pas jusqu’à la première.

Elles y étaient déjà.

Eric Bonnet-Abelin

Bonnet-Abelin Gallery

Les œuvres

Dix toiles


JonOne, Blanche Neige, 2026, acrylique sur toile, 120 × 120 cm — Galerie Bonnet-Abelin

JonOne

Blanche Neige

Acrylique sur toile · 2026

120 × 120 cm · 25 000 €

01 / 10

JonOne, Cinderella Story, 2026, acrylique sur toile, 120 × 120 cm — Galerie Bonnet-Abelin

JonOne

Cinderella Story

Acrylique sur toile · 2026

120 × 120 cm · 25 000 €

02 / 10

JonOne, La Belle Femme, 2026, acrylique sur toile, 120 × 120 cm — Galerie Bonnet-Abelin

JonOne

La Belle Femme

Acrylique sur toile · 2026

120 × 120 cm · 25 000 €

03 / 10

JonOne, La Femme idéale, 2026, acrylique sur toile, 120 × 120 cm — Galerie Bonnet-Abelin

JonOne

La Femme idéale

Acrylique sur toile · 2026

120 × 120 cm · 25 000 €

04 / 10

JonOne, Le Couple, 2026, acrylique sur toile, 120 × 120 cm — Galerie Bonnet-Abelin

JonOne

Le Couple

Acrylique sur toile · 2026

120 × 120 cm · 25 000 €

05 / 10

JonOne, La femme qui a toujours raison, 2026, acrylique sur toile, 120 × 120 cm — Galerie Bonnet-Abelin

JonOne

La femme qui a toujours raison

Acrylique sur toile · 2026

120 × 120 cm · 25 000 €

06 / 10

JonOne, Pussy Whipped, 2026, acrylique sur toile, 120 × 120 cm — Galerie Bonnet-Abelin

JonOne

Pussy Whipped

Acrylique sur toile · 2026

120 × 120 cm · 25 000 €

07 / 10

JonOne, La Rupture, 2026, acrylique sur toile, 120 × 120 cm — Galerie Bonnet-Abelin

JonOne

La Rupture

Acrylique sur toile · 2026

120 × 120 cm · 25 000 €

08 / 10

JonOne, La femme qui pleure, 2026, acrylique sur toile, 120 × 120 cm — Galerie Bonnet-Abelin

JonOne

La femme qui pleure

Acrylique sur toile · 2026

120 × 120 cm · 25 000 €

09 / 10

JonOne, Solitude, l’homme seul, 2026, acrylique sur toile, 120 × 120 cm — Galerie Bonnet-Abelin

JonOne

Solitude, l’homme seul

Acrylique sur toile · 2026

120 × 120 cm · 25 000 €

10 / 10

L’artiste

Biographie


JonOne

Né en 1963 à New York · Vit et travaille à Paris

Né en 1963 à Harlem, John Andrew Perello — JonOne — commence à peindre les rames du métro new-yorkais à l’adolescence et fonde en 1984 le collectif 156 All Starz. Invité à Paris en 1987, il s’installe à l’Hôpital Éphémère et fait basculer l’énergie du graffiti vers la toile : la lettre y perd sa lisibilité pour devenir pur champ chromatique, dans une peinture gestuelle où l’on a souvent reconnu la filiation de l’expressionnisme abstrait.

Son travail figure aujourd’hui dans de nombreuses collections publiques et privées. En 2015, il réalise une œuvre pour l’Assemblée nationale et est fait chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres. Il vit et travaille à Paris.

La série présentée ici marque une inflexion : pour la première fois, le vocabulaire abstrait construit par l’artiste depuis quatre décennies se rassemble en figures.

Repères

Liste des œuvres


Blanche Neige, 2026

Acrylique sur toile — 120 × 120 cm

25 000 €

Cinderella Story, 2026

Acrylique sur toile — 120 × 120 cm

25 000 €

La Belle Femme, 2026

Acrylique sur toile — 120 × 120 cm

25 000 €

La Femme idéale, 2026

Acrylique sur toile — 120 × 120 cm

25 000 €

Le Couple, 2026

Acrylique sur toile — 120 × 120 cm

25 000 €

La femme qui a toujours raison, 2026

Acrylique sur toile — 120 × 120 cm

25 000 €

Pussy Whipped, 2026

Acrylique sur toile — 120 × 120 cm

25 000 €

La Rupture, 2026

Acrylique sur toile — 120 × 120 cm

25 000 €

La femme qui pleure, 2026

Acrylique sur toile — 120 × 120 cm

25 000 €

Solitude, l’homme seul, 2026

Acrylique sur toile — 120 × 120 cm

25 000 €

Prix TTC, hors encadrement et transport

Renseignements et réservations auprès de la galerie